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gatizalema        

    Voici le carnet de route d’un séjour de vacance passée en Sierra de Guara. Cette semaine de juin,  j’accompagne 4 dames : Christine, Françoise, Sandrine et Josiane. Nous partons de Pau, et rejoignons Nocito puis le refuge de San Urbez, à partir duquel nous randonnons en étoile.

    Dimanche 13 :
        … jour du départ …

    Il est environ 13h quand nous nous retrouvons à la gare de Pau. Les présentations faites, tout le monde embarque dans la voiture et nous voici parti. Tout au long du voyage l’ambiance s’installe, nous faisons connaissance. Nous arrivons au refuge à 16h, un peu secoués après vingt kilomètres de piste. Geneviève nous accueille.

    Nous prenons alors la direction de la croix, perchée au-dessus du refuge de San Urbez sur la peña del Sento, pour une randonnée de mise en jambe. Nous découvrons quelques fleurs telles que le tapsia (grande ombellifère jaune) et l’afillante (petite fleur violette à six pétales qui éclôt d’une fine tige nue), ainsi que deux chants d’oiseaux, le pouillot de Bonelli et le pinson. Arrivé à la croix, nous observons une magnifique vue sur la Sierra, accompagné d’un petit gouté. Je présente la Sierra, et présent le programme de la semaine.

    De retour au refuge, chacun prend le temps de s’installer, avant de se retrouvé pour le repas du soir.


chêne millénaire - piscine - grange

    Histoire de San Urbez :

    San Urbez est né à Bordeaux au 8e siècle. Il est venu en Espagne prisonnier des Arabes. Il obtient sa libération et retourne en France. Puis les Arabes sont repoussés à Poitiers par Charles Martel.
    En l’an 730, San Urbez revient en Espagne en suivant le cours de la Garonne, en passant la brèche de Roland, et redescendant par le canyon  d’Anisclo. Le long de ce chemin, on y trouve aujourd’hui encore plusieurs ermitages l’honorant.
    En arrivant en Sierra, il devient berger et passe beaucoup de temps à méditer dans une grotte, sous l’actuelle croix. Rapidement, il dévouera sa vie qu’à la religion, et convertira les habitants de la sierra, très peuplées à cette époque, au christianisme. On dit qu’il réalisait de petits miracles.
    Il construisit une première chapelle en lieu et place de l’actuel monastère. Plus tard, fût construit le monastère, en ce lieu de passage, au croisement de deux vallées. Il n’y eut jamais de moines, mais encore aujourd’hui, chaque année, le dernier week-end de juin, il y a un grand pèlerinage qui honore l’esprit de San Urbez.
    Dans plusieurs lieux religieux, comme la cathédrale de Huesca ou ermitage de l’Aragon, on peut observer de nombreuse iconographie représentant San Urbez avec deux enfants martyres: San Justo et San Pastor.


refuge - catamanche - monastère

    Lundi 14 :
        … grand beau, grand bleu …

    Réveil tranquille, déjeuner à 8h30 au soleil, dans un esprit vacances.

    Dans mes séjours, je cherche à ce que mes clients se décontractent, qu’ils prennent du plaisir, et qu’ils sortent de leur quotidien. La Sierra de Guara et le site relaxant de San Urbez sont tout à fait propices à çà.

    Départ 10h pour la descente du Guatizalema, l’un des plus beaux rios de la Sierra. Après 15 minutes de voiture, nous attaquons la randonnée par de petits sentiers bordés de buis et de bouquets d’afillantes. Nous identifions des orchidées, des phalangères, du spirée lunaire, de la vipérine, des catamanches, de la sarriette, du lin jaune, bleu, et blanc, … A cette époque, la Sierra nous offre de nombreuses fleurs, ceci enchante le groupe.

    Au bout d’une heure de marche en surplomb du rio, nous descendons faire une pause au bord d’une jolie petite piscine. Certains se baignent, et nous mangeons les fruits frais et secs prévus pour la pause matinale.
Nous repartons, puis présente la Ramonde des Pyrénées, endémique qui pousse en milieu calcaire ombragé, elle porte de 1 à 5 fleurs violettes et orangées au centre. Elle fut dédiée au savant - naturaliste Ramond de Carbonnières qui fréquenta la chaîne au 18e siècle.

    Après quelques points de vue sur le canyon, nous descendons enfin mettre les pieds dans l’eau. Nous suivons alors le Guatizalema sur environ un kilomètre, en sautant de caillou  en caillou, parfois de l’eau jusqu’aux genoux, parfois, nous contournons de petites cascades et longeons plusieurs piscines naturelles.

    Josiane et Sandrine ont un peu de mal à marcher dans ces rio au fond glissant, et ne sont pas très à l’aise dans l’eau. Nous marcherons un peu plus lentement afin qu’elles prennent leurs repères. Nous prenons le repas sous un chêne vert situé sur les berges d’une piscine en forme de haricot très agréable à la baignade.

    Après une petite sieste, nous repartons, sans les sacs, avec Christine, Françoise, et Sandrine, pour un aller-retour dans le barranco. Josiane préfère nous attendre et lire à l’endroit du repas.

    Nous rentrons, par de petits sentiers perdus dans les brouchous, au village de Nocito où nous attend une bière. On appelle brouchous, tous les arbustes piquants tels que le genêt ou les genévriers.

    De gros nuages se sont formés tout au long de la journée. Le soir, au coucher du soleil, nous admirons de magnifiques dégradés de gris et de rose, avec en fond, le Tozal. Toute l’équipe est fatiguée, mais heureuse de cette première journée. On sent que des liens se créent.


gatizalema

    Mardi 15 :
        … Beau temps avec formations de cumulus dans la journée …

    Aujourd’hui, nous partons pour une boucle, au départ du refuge, qui passe par la forêt du Tozal et une antique voie romaine qui mène aux crêtes de Chemelosas. Nous descendrons dans le canyon de la Pillera, puis rentrerons par le rio abellada.

    Dès le départ, nous nous retrouvons immédiatement immergé par la nature. Dans la montée en direction de casetas de las cañadas, nous traversons de magnifiques landes arides composées de buis, de chênes verts et de genêts. Le sentier évolue entre des strates calcaires qui nous donnent l’impression d’être dans un grand escalier couché. Nous identifions plusieurs orchidées ; des bouquets de lin et d’afillantes bordent le chemin.

    Nous continuons dans une forêt de pins sylvestres qui débouche 20 minutes plus tard au col de Posento. C’est une zone plate et large, où l’homme y a construit des cabanes en pierre sèche et y a aménagé des estives. Nous admirons pendant quelques minutes des vautours qui enroulent les thermiques.

    Puis le groupe attaque la descente par une ancienne voie romaine aménagée avec des marches en lauses et des murets de soutènements. On y observe du calcaire numulitique. Avant la deuxième insurrection des Pyrénées, cette zone était sous la mer, des organes unicellulaires se sont alors déposés au fond des eaux, puis des sédiments les ont recouvert, créant ainsi ce calcaire fossilisé que l’on trouve sur le bord du chemin.

    Après une pause fruits secs, nous remontons dans une forêt composée essentiellement de chênes et de pins sylvestres, sur le versant Nord du Tozal. On y écoute les chants du pic noir et du pouillot véloce, et y observons, à la jumelle, les nids de vautours perchés sur les falaises du Posento.

    Arrivé aux crêtes de Chemelosas, et après avoir profité du panorama, nous redescendons en direction de la piscine glacée, au croisement des rio de la Pillera et de l’Abellada, pour manger.

    Aprés avoir fait la sieste et s’être baigné, nous repartons par le magnifique petit canyon d’Abeliada, jusqu’à la piscine « des milliardaires » où nous faisons une pause baignade.

    En remontant au refuge, un gypaète barbu nous survole de très près, nous offrant un magnifique spectacle.

    Au refuge, chacun vaque à ses occupations, en commençant par la douche, … Puis vient l’heure du repas bien mérité.

    L’ambiance est toujours très bonne dans ce cadre enchanteur. Chacun émet ses satisfactions de la journée et son souhait de repartir le lendemain.


orchis - baignade - piscine des milliardaires

    Mercredi 16 :
        … Beau temps, avec formation nuageuse l’après-midi ...

    Nous partons en randonnée tranquillement à 10h, sur un changement de programme de dernière minute, par rapport aux désirs du groupe. Celui-ci est un peu fatigué, et après les deux dernières journées, on sent qu’il à besoin d’une randonnée plus douce. Rien ne sert de se bousculer, on est en vacances ! J’opterai pour une descente de barranco jusqu’à «la piscine chaude » située à l’entrée des Gorgas Negras.

    Nous partons en voiture pour une douzaine de kilomètres de piste en direction de Bara. Nous laissons le véhicule en bord de route, et partons pour la boucle. Pendant une heure, nous marchons sous les pins sylvestres, en bordure du barranco, puis première longue pause, animée par des différentes histoires.

    Pour la suite de la randonnée, nous mettons les pieds dans l’eau en marchant dans le barranco. Celui-ci a très peu de pente et une forme en U, avec de longues portions larges et plates, avec peu de profondeur. Une heure plus tard, nous sommes à la «piscine chaude », où nous faisons la pause repas, sieste, baignade, lecture.

    Ensuite, avec une partie du groupe, nous faisons un aller-retour dans les Gorgas Negras, puis nous prenons le sentier pour Bara et la traditionnelle bière. Nous visitons le village, nous arrêtons au café, puis rentrons à la voiture par la piste.

    Ce soir, à la nuit tombée, je donne un petit cours d’astronomie comprenant une lecture du ciel dans ses grands axes.

rio - porte aragonaise

    Jeudi 17 :
        … Grand beau, avec une légère formation de cumulus en après-midi ...

    Réveil et lever en douceur comme d’habitude, dans cet esprit détendu que nous offre le refuge et son cadre exceptionnel. Départ à 9h30 en fourgon pour Used à 10 kilomètres. Aujourd’hui, nous partons faire un sommet, le soum de la Cabeza (1860m), à l’extrémité Est du massif du Tozal de Guara.

    Nous démarrons le sentier entre buis et brouchous, puis continuons dans une forêt de pins sylvestres, avant de rejoindre les pâturages d’altitude. Ceux-ci ont été nivelés par la main de l’homme et de jolis murets de pierres sèches, très bien montés, délimitent les propriétés. De nombreuses cabanes, parfois écroulées, ont été construites pour y accueillir les bergers. A cet endroit, nous faisons une pause à l’ombre de buis, avec au Nord, une belle vue sur le massif du Mont Perdu.
Deux heures plus tard, nous rejoignons le sommet, tout rond, où des vautours nous attendent. Nous y prenons le repas, des vautours nous survolent de très près, et nous admirons le panorama sur la Sierra de Guara et la plaine de Huesca, en surplomb des impressionnantes Gorgas Negras et du canyon du Mascun, et en fond une vue imprenable sur la chaîne des Pyrénées, du pic d’Orhy aux Encantats.

    Nous redescendons à un rythme plus rapide, que Sandrine a un peu de mal à suivre. Mais grâce à son mental et à l’aide que je lui apporte, nous arrivons à 18h à la voiture.


       monté au Soum de la Cabeza

    Vendredi 18 :
        … Grand beau, comme toujours en Sierra ! ! !

    Aujourd’hui, c’est la dernière journée, ...

    Tout d’abord, chacun rangera ses affaires, puis, à la demande générale, nous partirons pour descendre le rio d’Abellada, jusqu’à la piscine des Milliardaires.

    Sur les sentiers, nous révisons les fleurs et les chants d’oiseaux dans une ambiance toujours aussi décontractée. Sandrine a un peu de mal à se déplacer de cailloux en cailloux, mais en l’assistant, nous arrivons tout de même à la piscine. Les dames prennent un bain, puis après une heure de pause et relaxation, nous rentrons au refuge.

    Dernier rangement, un bon repas froid au pied du monastère, puis nous voilà repartis pour la France.


refuge de San Urbez - Tozal de Guara


    Différentes espèces de fleurs identifiées en Sierra :

    J’ai référencé dans le tableau suivant quelques fleurs remarquables :


Espèce Floraison Biotope
Anacamptis pyramidalis mars - juillet calcaire - sec - lumière
Ophrys scolopax (bécasse) mars - juin basique - sec ou humide - lumière
Ophrys apifera (abeille) avril - juillet calcaire - humidité et lumière indifférentes
Platanthéra bifolia mai - août plutôt sec - lumière ou mi ombre
Platanthéra chloranta mai - août basique - plutôt humide - ombre ou lumière
Orchis ustulata (brulé) avril - août basique - sec, parfois humide - lumière
Dactylorhiza majalis mai - juillet sol indifférent - très humide - lumière
Nigritella nigra juin - août calcaire - sec - lumière
Ramonda pyrenaica mai - juillet calcaire - humide - ombre
Saxifraga longifolia  juin - août calcaire - sec - lumière

    On trouve aussi en abondance :

- Des catamanches.
- Des afillantes.
- Du lin blanc, jaune, et bleu.
- Des tapsias.
- Des phalangères.
- Des immortelles.
- De la mélisse.
- De la vipérine.
- Du spirée lunaire.

    … Ainsi que de nombreuses plantes aromatiques :

- De la sarriette.
- Du thym.
- Du serpolet.
- De la menthe.
- De la sauge.


    La sierra est essentiellement boisée de pins sylvestres et de chênes verts et pédonculés. Certains de ceux-ci sont très vieux